Le Challenge GM&S

Si l’on en croit Alain Martineau, patron de l’entreprise GMD, son épouse l’accable d’amers reproches depuis plusieurs semaines. « Tu n’aurais jamais dû aller te fourrer dans ce guêpier », lui dirait-elle en substance, selon des sources proches du dossier. Ce « guêpier », c’est la reprise de GM&S, l’équipementier automobile creusois en redressement judiciaire, qui a défrayé la chronique ce printemps et qui devait se solder lundi 24 juillet. Ce jour-là, le tribunal de commerce de Poitiers devait prendre une décision ferme et définitive : continuation ou liquidation. Retour huit mois en arrière. Le 3 décembre 2016, la mise en redressement judiciaire de GM&S n’est pas une surprise. L’entreprise en est à son troisième passage devant le tribunal de commerce depuis 2009. Les actionnaires se sont succédé, plus soucieux d’organiser la ponction des ressources de l’entreprise (ici des loyers encaissés par une filiale, là des centaines de milliers d’euros d’aides publiques encaissés) que de planifier la pérennité industrielle. Conséquence logique : la réputation de fiabilité et de qualité de GM&S s’est dégradée en quelques années. Les commandes sont tombées à un niveau (15 millions d’euros) qui augurent mal de l’avenir de ce fournisseur de PSA et Renault. Et ce sont des salariés aux abois qui ont interpellé en avril les candidats à l’élection présidentielle, en accrochant des bonbonnes de gaz aux cuves d’azote liquide de l’usine, aux cris de « On va tout faire péter ». Cette fois, l’affaire devient nationale. Après l’élection d’Emmanuel Macron, le dossier tout chaud est posé sur le bureau du nouveau ministre de l’économie, Bruno Le Maire. Celui-ci s’empresse de jouer de sa position de représentant de l’Etat actionnaire de Renault et PSA pour les inciter à augmenter les commandes à GM&S, qu’il fait passer de 15 à 22 millions d’euros sur trois ans. Mais l’angoisse monte. Aucun repreneur ne s’est encore manifesté. L’entreprise est sise à La Souterraine (Creuse). Eloignée des centres névralgiques de l’industrie automobile française, elle intéresse peu. Début juin, après que le président Macron a rencontré les salariés, une cellule de crise s’est rendue à Bercy. Son objectif : trouver une solution pérenne. Le 23 juin, la veille de l’ultime délai laissé par le tribunal de commerce, un industriel fait enfin savoir qu’il pourrait être intéressé. Il s’agit de GMD, gros fournisseur de l’automobile. Une belle société que son patron, M. Martineau, spécialiste de la reprise d’entreprises en difficulté, a fait passer de 50 à 600 millions de chiffre d’affaires en trois décennies. Son projet – le seul en lice – prévoit de reprendre 120 salariés sur 277. En réalité, personne n’a très envie d’aller « s’enterrer » à La Souterraine. Pas même le repreneur, qui est de plus en plus effrayé par ce qui lui semble être un dossier relevant surtout de l’aménagement du territoire. M. Martineau passe donc au peigne fin tous les éléments qui pourraient se révéler des cadeaux empoisonnés et multiplie les conditions suspensives à son accord définitif. Ce sont d’abord des terrains pollués dans le périmètre de l’usine qui inquiètent le patron de GMD. Sur ce point, l’Etat le rassure et prend à sa charge la dépollution du périmètre. Puis, M. Martineau réclame un investissement initial de 15 millions d’euros dans l’usine. Bercy, qui ne veut pas voir s’envoler le seul espoir de reprise, propose alors que chaque partie prenante apporte 5 millions : l’Etat, Renault et PSA. Chez Renault, le patron, Carlos Ghosn, a décidé de ne pas faire de difficultés à son actionnaire public. Va pour 5 millions. Côté PSA, c’est une autre paire de manches et l’occasion d’une montée en température publique inédite entre Bercy et Peugeot-Citroën. L’Etat accuse le groupe de Carlos Tavares de faire capoter la reprise en ne versant pas sa part des 5 millions. PSA réplique, courroucé, qu’il est de loin le premier financeur du sauvetage de GM&S, et ce depuis longtemps. Ce sera finalement une ultime réunion, mardi 18 juillet, qui va débloquer l’affaire. L’engagement global de PSA, qui s’élève à plus de 50 millions d’euros, dont 5 millions investis dans l’usine, satisfait, le repreneur et Bercy. A lire sur le site de l’Agence Séminaire.

This entry was posted in Uncategorized. Bookmark the permalink.

Comments are closed.